loulou

Loulou Girard, community manager, créatrice d’événements, blogueuse mode, culture, art et musique. J’aime découvrir des talents, des créateurs, et les mettre en avant. La musique, l’art et la mode sont de véritables passions pour moi.. Instagram // Blog

On veut en savoir plus…

« Terre Noire »

Stefano Massini traduit de l’italien par Pietro Pizzuti mise en scène Irina Brook
avec Romane Bohringer, Hippolyte Girardot, Pitcho Womba Konga, Jeremias Nussbaum, Babetida Sadjo musiques Jean-Louis Ruf-Costanzo décor Noëlle Ginefri son Guillaume Pomares lumière Alexandre Toscani costumes Élisa Octo assistant à la mise en scène Simon Courtois production Théâtre National de Nice – CDN Nice Côte d’Azur

Au Théâtre National de Nice du 28. Janvier au 7 Février / durée 1h40.

 

Plus important, c’est l’année où, partout dans le monde, une phrase a commencé à résonner : « Nous sommes tous des graines » Et bien que nous dormions dans la terre, au moment opportun nous germerons et nous émergerons avec tout notre potentiel.

 

Terre Noire nous pose la question de notre appartenance, de notre contact avec la terre. D’un constat omniprésent, Irina Brook met en scène bien plus qu’un énième rappel écologique, elle nous livre ici une véritable dimension humaine, sociale et philosophique. Parce que donner conscience c’est ça. De la même manière que la terre nous apporte année après année, saison après saison, nous devons nous attacher à la comprendre, et au-delà de cette compréhension… à passer à l’action.

De l’action nait la richesse d’un trésor offert par cette nature, aujourd’hui bafouée par ces humains pour certains responsables de manipulation, au nom d’une biotechnologie et d’une soi-disante aspiration au progrès… Qui n’est en fait qu’un acharnement supplémentaire à leur propre bénéfice économique.

Oubliant au passage leurs responsabilités, les blessures et les dommages infligées à cette terre dont nous avons tant besoin. Usurpant sans complexes de ces hommes et de ces femmes, de leur vie et des connaissances transmises de génération en génération… anéantissant au passage la culture, les cultures au sens large du terme.

Cette pièce est portée par de fantastiques acteurs, qui illustrent parfaitement pendant cette heure, ce devoir essentiel de prise de conscience, la vulnérabilité de ces hommes, le combat qu’il leur faut mener au quotidien.

Ne pas avoir peur, lutter, continuer, mais surtout en parler, ne jamais cesser, car abandonner, c’est donner du terrain à des firmes qui réduiront à néant, notre avenir, celui que nous devons léguer à nos enfants.

Cette pièce met en avant un message tourné justement vers le futur, elle le rend accessible à tous et un message doit être accessible pour tous, si nous voulons qu’il soit compris, mais surtout retransmis.

Comment ne pas évoquer Romane Bohringer, une fois de plus éblouissante de détermination dans le rôle de l’avocate qu’elle joue, je l’avais vu au théâtre dans un tout autre registre, une adaptation de Roméo et Juliette, je l’avais trouvé sublime.
Dans Terre Noire, elle est cette femme forte, combative, qui nous donne envie de l’accompagner, de ne jamais baisser les bras. Porter le combat d’un autre, c’est doubler ses efforts, malgré l’intimidation et la peur. Romane montre qu’il est possible que ce monde soit juste, que l’on puisse continuer à croire en la nature humaine.

Terre Noire Romane Bohringer

crédit photo ©TNN

Terre Noire Romane Bohringer

crédit photo ©TNN

Hyppolite Girardot, campe ici l’avocat de cette firme d’agroalimentaire, un jeu troublant de réalisme. Celui d’être le faire valoir de cette multinationale, il est juste de précision en jouant leurs intérêts. Il est accompagné d’un excellent Jeremias Nussbaum et ils donnent tous les deux la vision de la détermination dont ils peuvent faire preuve pour assouvir leur besoin d’expropriation, de surproduction pour leurs intérêts financiers.

Hyppolite Girardot et Jeremias Nussbaum

crédit photo ©TNN

Mais la plus belle découverte va à ce couple de paysans joué par la sublime et émouvante Babetida Sadjo, et le bouleversant Pictcho Womba Konga. Plus que de simples rôles, ils donnent toute la dimension à la détresse et à l’humiliation que peuvent vivre ces hommes. Leur message d’amour à cette terre qui a vu grandir et vivre leurs ancêtres, de l’avenir qu’elle donnera ensuite à leurs enfants, bien plus qu’un lègue c’est à partir de là que naitra la prise de conscience collective.

Babetida Sadjo et Pictcho Womba Konga

crédit photo ©TNN

Si nous aimons cette graine, que nous en prenons soin, elle grandira bien plus que nous ne pouvons en avoir conscience aujourd’hui.

Irina Brook sait y associer la mise en scène et lui donner une dimension cinématographique, jouant une fois de plus habillement sur les décors, les lumières et les sentiments des personnages, elle nous offre un spectacle à la mesure de son message, car au travers de l’art et de la culture, chaque graine plantée est un don pour tout être humain.

Bravo à l’équipe technique qui accompagne tous ces acteurs et qui réalise elle aussi avec harmonie une scénographie magnifique.

Terre Noire est un appel à la conscience de chacun pour envisager ensemble un nouveau chemin vers une terre que nous respecterons enfin.

« (…) Et bien que nous dormions dans la terre, au moment opportun nous germerons et nous émergerons avec tout notre potentiel. Je tiens à vous saluer, pour cette année à venir ; une année déclarée « année du sol », l’année où nous trouverons notre contact avec la terre, de notre ancrage, de notre enracinement ; l’année où les graines d’espoir et d’amour, les graines d’abondance et de créativité, que nous semons, se multiplieront et nous montreront le chemin à suivre, et pas seulement à nous, mais aussi au monde qui veut fermer les yeux et qui persiste dans son aveuglement. » Vandana Shiva.

Loulou G.

Il n'y a pas de commentaires

*